L’Amour-fiction : Discours amoureux et poétique du roman
Abstract
Il n’est pas de roman d’amour, aussi invraisemblable soit-il, auquel ses personnages ni ses lecteurs n’accordent le pouvoir exorbitant de dire, le temps d’un « je vous aime », la vérité. Ainsi y aurait-il, entre le discours amoureux et la fiction chargée de l’accueillir, une étrange alliance contre-nature, comme si chacun avait besoin de l’autre pour exister. L’amour ne vaudrait, même précairement, que par la caution d’une littérature consacrée à le dire. Quant au roman, il s’est échappé de la troupe obscure des contes populaires ou enfantins parce qu’il a su faire entendre la parole, présumée sincère, du sentiment. Voilà que, sur le déclin des Lumières, un soupçon grandissant atteint le discours – celui de l’amour comme de la littérature ou de la pensée ; l’écrivain n’est plus l’homme de la belle parole – vraie, émouvante et efficace – mais le fournisseur de livres qu’on attend désormais de lui. C’est en ce temps de crise que, pourtant, plus que jamais, les plus grands faiseurs de romans s’évertuent à dire l’amour ; comme s’ils savaient, confusément, que, au-delà du discours amoureux, c’est une certaine idée de la littérature qui est en jeu, à laquelle ils ne voudraient renoncer à aucun prix. Cette obstination exige d’extraordinaires entreprises littéraires. Laclos, Diderot, Stendhal, Balzac, Flaubert, Hugo, Fromentin, Zola, Proust... Autant d’écrivains et d’œuvres qui, par le lien toujours réaffirmé entre la fiction et le discours amoureux, balisent une histoire du roman dont la plus belle page a été tournée, peut-être à l’aube du XXe siècle, avec La Recherche du temps perdu.
Keywords
dix-neuvième siècle; fiction; roman; littérature; essai; amour; discours amoureuxISBN
9782379241123Publisher
Presses universitaires de VincennesPublisher website
http://books.openedition.org/puvPublication date and place
2002Classification
Literature & literary studies

